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Viscéral
Vendredi 1 Mars 2013

« C'est si beau, la Toscane ! »


FICTION. Nouveau feuilleton littéraire de FOOTBALL INTéGRAL, "Viscéral" s'approprie l'esprit du footballeur et l'usurpe le temps d'un but, d'un tacle, d'un premier match, bref, d'un moment pittoresque. Pour cette première édition, FI vous emmène en Italie, à Sienne, où l'attaquant suisse Innocent Emeghara, fraîchement prêté par le FC Lorient, marque son troisième buts en autant de matches pour le club italien.


Emeghara, pas si innocent que ça... (evc-wp01.s3.amazonaws.com)
Emeghara, pas si innocent que ça... (evc-wp01.s3.amazonaws.com)
« Tiens, qu'est-ce qu'il me serre ce maillot. Du blanc et du noir rassemblés en rayure; quelle est cette impression d'avoir signé pour la Juventus ? Enfin, que j'arrête de rêver. Quoique. Moi qui l'ai tant cherché, le rêve pourrait bien être Italien. Maudits JOs. Ou maudite philosophie clubiste qui méprise les enjeux nationaux pour assoir les prétentions des clubs. Ma foi, c'est la nouvelle tendance; celle des intérêts. Désormais, le joueur n'a plus l'impression d'être sur un échelon supérieur lorsqu'il porte le maillot de son équipe nationale. Non, non, la reconnaissance, les repères, le confort émotionnel et logistique ainsi que les primes restent plus attrayants en club. Et puis, depuis quand le football est-il un sport Olympique ? Officiellement, depuis un bon bout de temps mais, dans les moeurs, c'est les sprinters qui scintillent.

Peut-être que "coach Christian" a bien fait de me lâcher, finalement. Mais enfin, Lorient, c'est un club digne tout de même; populaire, "transgénérationnelle", historique... Oh que je m'en rappelle de ce petit pont sur N'Koulou, le crochet sur Mandanda et la congestion des tribunes du Vélodrome après ma frappe. Quelle silence. Froid, mais tellement chaud. Ensuite, le gel a gagné mes pieds, vaincu mes jambes pour finalement conquérir tout mon être, jusqu'à mon coeur. Mes origines nigérianes m'ont elles trahis ? Trop frais, la Bretagne.

« Pour ce que j'en ai compris, certains journaux locaux m'ont comparé à Balotelli et d'autres ont parlé de "chance du débutant" »
Qu'il s'en est passé des choses durant ce premier mois en Italie. Pourquoi ai-je l'impression d'avoir plus vécu en un mois en Toscane qu'en un an en Bretagne ? C'est le troisième match que je dispute avec Sienne et je jubile à chaque fois qu'on m'appelle le Bianconero. Ah, c'est beau, la Toscane. Un prêt improbable; voilà que je débarque au beau milieu de la saison et que l'administration du club me laisse m'emparer du numéro 10. "Dici", comme ils disent. La légende d'un chiffre suffit-elle pour inscrire deux buts en deux apparitions ou est-ce bien la providence qui m'a rapatrié ? Sauver l'honneur contre l'Inter, ça ne vaut pas grand chose, d'accord, mais arracher l'égalisation à Bologne, c'était beau quand-même.

Ah, mes coéquipiers penchent encore pour l'aile gauche. C'est vrai qu'il est plutôt bon ce Rubin Matteo; rapide, adroit. La partie vient de commencer mais je transpire à foison; le corps fond bien plus rapidement à Sienne qu'à Lorient. Mince, ils jouent à combien de défenseurs, la Lazio ? Je ne vois que du bleu ciel, à gauche, devant, derrière, que du bleu ciel. Les supporters chantent, mais je comprends rien de ce qu'ils racontent. L'écho est puissant, le vocalisme, lui, harmonieux. Scandent-ils déjà mon nom ? Ah, arrête de rêver, Innocent. Le club est toujours dans la zone rouge, peut-être se plaignent-ils ? Pour ce que j'en ai compris, certains journaux locaux m'ont comparé à Balotelli et d'autres ont parlé de "chance du débutant". Du débutant ? Hé, je n'ai que 23 ans mais je suis costaud, moi, et je porte un passé aussi foisonnant que le mythe de mon numéro.

« J'ai de la peine à avoir l'attention du moment, mais je ressens "l'instinct du prédateur", cette énergie violente qui elle seule est capable de libérer ma puissance »
Rubin combine avec un autre bianconero sur son côté. Je n'arrive pas à savoir qui c'est. A l'inverse, les défenseurs romains, je les vois, eux. Surtout le grand dans l'axe, Michael Ciani. Il me lâche pas du regard d'ailleurs. Et puis, il y a mon coeur qui bat, qui bat. L'adrénaline, ça motive. Mais cette pression, elle s'insuffle dans mes veines et s'amuse à obstruer mes sens. Bon, obstruer... J'ai de la peine à avoir l'attention du moment, mais je ressens "l'instinct du prédateur", cette énergie violente qui elle seule est capable de libérer ma puissance. Je mettrai toute l'énergie possible pour devenir la coqueluche du club. Je me battrai, je me saignerai s'il le faut, mais je dois m'imposer, retrouver du renom et de la gratitude. Tant de gens croient en moi, je ne laisserai pas ce satané football les décevoir. Passe de Rubin, remise d'un rayé à Rubin. Ma foi, je viens d'arriver, je ne peux pas encore savoir tous les noms.

Oh, ça y est, il a frappé la balle. Fouetté plutôt. D'un mouvement d'aplomb, le regard scotché à la surface de réparation comme s'il en examinait la moindre parcelle, Rubin Matteo a lancé un centre décrivant une courbe presque statistique. La balle tournoie maintenant à une vitesse folle et mes appuis s'enterrent et se libèrent par alternance. Appel, contre appel. Que j'aimerais me voir depuis les tribunes du stade Artemio-Franchi ! On pourrait me prendre pour un robot programmé à un mouvement répétitif. Mais, celui que j'intrigue le plus, ce doit être ce Francais, Michael Ciani. Il ne me quitte pas des yeux, réagissant de corps à mes tergiversations motrices.

« L'obus s'est écrasé; le stade explose. Les 16'000 personnes de l'enceinte tremblent de bonheur. »

Je suis à un mètre de lui. Deux. Il tend les bras comme s'il voulait me garder à distance. Ah, tiens, c'est ce qu'il essaye de faire. Je m'approche, encore, et encore. La balle tombe alors comme un obus qui serait sur le point d'atteindre sa cible. Et sa cible, c'est moi. Michael me laisse me positionner à la même hauteur que lui et là, j'explose. Le robot que je suis se rompt subitement; un prédateur surgit alors, déversant sa puissance, entonnant la musicalité de ses muscles. Ma "fulgurance" n'a d'égal que la surprise de mon adversaire; je suis alors deux mètres devant lui. Là, comme si elle devait justement perdre de l'altitude à cet endroit et ce moment précis, la balle frappe mon crâne et s'en va faire danser les filets gardés par le gardien romain.

L'obus s'est écrasé; le stade explose. Les 16'000 personnes de l'enceinte tremblent de bonheur. Moi, je cours, je plie les bras et touche mes oreilles. Peut-être que j'ai envie de rigoler, mais là, j'endosse encore la peau du prédateur. Je jubile. Les images défilent dans mon esprit. Ces matches interminables assis sur des dizaines de bancs éparpillés dans toute la France. Ces JOs de la tromperie, de la douleur, de l'ineptie. Ces entraîneurs partisans de l'amoindrissement me répétant sans cesse que je n'étais "pas prêt". Rire, peut-être que j'en ai envie mais là, on joue depuis 6 minutes et le prédateur n'est pas prêt de s'édulcorer. La rigidité n'est qu'une façade; en moi, je vois le ciel bleu et la Terre des Etrusques. C'est si beau, la Toscane ! »


*Ce monologue interne est une fiction et n'engage que l'auteur de l'article.

Robin Fasel

     

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