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A la lettre
Vendredi 30 Novembre 2012

Ces écrivains fans de foot


Penchons-nous aujourd'hui sur le ballon rond et littérature. Qui sont les auteurs mordus de foot ? Et pourquoi ce sport les fascine-t-il autant ? Petit tour d'horizon.


«Ce que je sais de plus sur la morale et les obligations de l’homme, c’est au football que je le dois. » L’auteur de cette citation n’est ni Platini ni Cristiano Ronaldo, mais… Albert Camus, qui fut un passionné de football et pratiqua ce sport pendant son enfance à Alger, au sein du Racing Universitaire Algérois dont il fut le gardien de but . D'ailleurs, la photo de couverture de son roman posthume Le dernier homme le montre accroupi, coiffé d’un béret, au milieu de ses coéquipiers ! 

Homère, Shakespeare, Sartre et les autres

Camus n’est pas un cas isolé. Pour Jean Giraudoux, « l’équipe donne à la balle le moteur de onze malices et onze imaginations » ; pour André Maurois, « une belle partie, c’est de l’intelligence en mouvement. Bien plus, c’est de l’intelligence incarnée ». Plus énigmatique, Jean-Paul Sartre affirme : « Au football, tout est compliqué par la présence de l’équipe adverse. » Plus poétique, Henry de Montherlant a carrément composé une ode à la gloire de « L’ailier ».

Dans la foulée, plusieurs autres écrivains ont consacré des textes au ballon rond ou pris le monde du football pour décor  : parmi une multitude de plumes, on pourra citer Drieu la Rochelle, Paul Vialar, Denis de Rougemont, Rachid Boudjedra, Blaise Cendrars, Vladimir Nabokov, Rainer Maria Rilke, Léon-Paul Fargue, John King, ou encore le Britannique Nick Hornby.
Seuls Umberto Eco, George Orwell et Frédéric Dard ont proclamé haut et fort leur haine de ce sport, considéré comme un autre « moyen de faire la guerre » au milieu de « rugissements de spectateurs en furie »…

Ce phénomène n’est pas nouveau  : dans L’Odyssée (Chants VI et VIII), Homère atteste que les Phéaciens jouaient à la balle. Le poète Ronsard lui-même pratiquait la «  soule », une balle remplie de foin ou de son. « Et bondir par les près l’enflure des ballons », lit-on dans l’un de ses poèmes. Aussi la Grande-Bretagne médiévale où les jeux de balle étaient fréquents mais mal vus en raison de leur brutalité a-t-elle inspiré à Shakespeare ce vers tiré du Roi Lear : « You, base football player ! » (« Toi, vil footballeur ! »)

Fous de foot

(fu-berlin.de)
(fu-berlin.de)
Comment expliquer l’engouement de ces hommes de lettres pour un sport en apparence ringard ou barbare, qui met en scène vingt-deux joueurs en petite tenue qui gambadent sur la pelouse pour se disputer un misérable ballon ? Le football est à l’image de la vie. La chance y joue un rôle déterminant : c’est d’ailleurs le seul sport où l’on marque contre son camp ! Il a sa philosophie propre : c’est une école de ténacité, d’espoir, de loyauté et de solidarité. C’est, pour reprendre la formule de Didier Tronchet, auteur d’un excellent livre intitulé Petit traité de footballistique (Albin Michel), « une allégorie humaniste ». Le football représente également pour l’intellectuel une source d’émotions, un défoulement, et, pour l’artiste, un spectacle poétique et baroque !

Grand supporter des Verts de Saint-Étienne, Bernard Pivot, va encore plus loin dans la parenté football-écriture : « Il y a dans l’action d’envoyer le ballon entre une barre et deux poteaux, dans la précision et l’efficacité implacable du geste et de son résultat, quelque parenté avec ce qu’il y a aussi de voulu, d’organisé, de maîtrisé, d’explicite et de souverain dans l’acte d’écrire… »

En 1998, le romancier Daniel Picouly a eu la géniale idée d’inviter une « équipe » d’écrivains férus de football à écrire un texte sur leur sport favori. Le résultat, intitulé Y a pas péno (Flammarion) est édifiant  : Tonino Benacquista, Franz-Olivier Giesbert, Jean-Claude Izzo, Philippe Labro, Dominique Noguez (auteur, depuis, de La véritable histoire du football et autres révélations chez Gallimard), Vincent Ravalec, Denis Tillinac, Didier Van Cauwelaert et Bernard Weber ont ainsi raconté des histoires vécues ou imaginaires ayant pour sujet le ballon rond. À la lecture de ces récits, l’on constate que chez les adultes, le football est surtout une question de nostalgie puisqu’il les renvoie à leur enfance et aux parties disputées sur un terrain vague ou dans la cour d’école :

«  J’ai passé l’âge des grandes illusions, en tout cas celles qui me consentaient un destin de champion, avoue Tillinac. Je n’aurais été qu’un footballeur d’envergure départementale… Je ne m’en consolerai jamais tout à fait. Mais peu importe puisque chaque soir de chaque été, au village, avec mes fils et leurs copains, je dispute à mon niveau des matchs homériques dont l’enjeu symbolique est vital  : mon maintien dans la première division de la jeunesse… »


Stéphane Combe

     

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