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A la lettre
Dimanche 14 Juillet 2013

Composition d'été


L’été. Période d’apaisement footballistique et de saturation médiatique. A l’heure où les pelouses s’arrosent, puis se tondent, où les vestiaires donnent des airs de peu mais s’apprêtent à recevoir beaucoup, le soleil se matérialise pour certains, ou reste qu’un espoir pour d’autres. Transferts de joueurs et d’émotions, l’été, c’est comme la friandise qu’on lécherait délicieusement dans un parc : ça glace… l’esprit. Les cocktails embrument, et Lana Del Rey chante « Summertime Sadness ». Départ de son joueur préféré dans un autre club, météo pas au rendez-vous, vacances déçues, éloignements, préparation estivale astreignante, la période qui doit rayonner n'est pas toujours la plus chaleureuse, notamment dans l'univers mono-saisonnier du football. Pour alimenter sa rubrique littéraire, FI a composé l’équipe nostalgique de l’été.


(Photo : http://farm4.staticflickr.com)
(Photo : http://farm4.staticflickr.com)
Il y a l’été des uns, et puis l’été des autres. Tout au long de la route, le gris se bat avec le vert. Le combat est sans relâche, se poursuit centimètre par centimètre. Arbres sur la droite, buissons sur la gauche, la foison de la végétation trahit le climat : chaud, humide, très humide même. Quand bien même il se termine par une place de gravier décorée comme une table de Prince, le chemin s’est donné une double identité, une magnifique double identité, fait de nature et de goudron. A la suite du seuil aéré s’ouvre deux portes grandioses, mi-bois, mi-acier, qui donne dans le hall gourmand de l’hôtel.
 
Il y a l’été des uns, et puis l’été des autres. Ils sonnent comme des codes de langage. Ils s’entendent comme une intermittence lancinante, juste assez sonores pour que l’on s’en rappelle, juste pas assez pour que l’on s’en lasse. Le sifflet et ses coups; instruments d’un entraîneur en mal de matériel, d’autorité ou de capacités vocales. Toujours est-il qu’ils détonnent comme des consignes militaires, tranchant les trajectoires de course d’une vingtaine d’athlètes suffocants, maudissant l’existence du football.

Dans les rouages du football, la transpiration des agents ou des sans-clubs fait contraste avec celle des touristes fondant sur les plages granuleuses.

Gardien. Se garder, oui. Mais se garder de quoi ? Le besoin de se préserver serait-il décuplé avec l’été et sa propension à dénuder les gens ? L’été est agressif, pour la peau d’abord, et puis socialement. Qui passera les meilleures vacances ? Qui utilisera au mieux le temps qui lui imparti ? Qui flambera, qui se perdra, qui perdra ? Dans les coulisses du football, là où rien ne faille à s’évader, les contrats se décortiquent, se signent ou se chiffonnent, se négocient en bien, en mieux, puis se décomposent. Dans les rouages du football, la transpiration des agents ou des sans-clubs fait contraste avec celle des touristes fondant sur les plages granuleuses. Gardien, comme le levier sécuritaire de l’existence, celui qui enfile ses gants pour voler au secours. Et il vole, avant de s’écraser, saisissant le cuir en héros. Parfois, souvent même, il s’écrase, tout simplement.
 
Défenseur. Qui pourrait-être le défenseur d’un bon et bel été ?  Celui qui se range à l’arrière, mais garde un œil avisé sur l’avant. Le prudent. Pourtant, l’été n’a rien de prudent. Sa frivolité météorologique pousse l’homme à se séparer de ses liens de conscience, l’incite à se briser, à en découdre avec la vie hédoniste qu’il s’est si longtemps refusé. Le défenseur s’assure un bel été, peut-être en recherchant la routine, le mécanisme qui, par le passé, lui a permis de survivre à ces quelques mois de brusquerie et de chamboulement de mode de vie. Se défendre, se sécuriser, toujours, est-ce la bonne philosophie ? S’assurer le minimum, n’est-ce pas se refuser le maximum ?

L’attaquant est le parfait prédateur, symbole suprême de la crainte de l’homme pour l’homme.

Milieu. Ma composition d’été compte surtout des milieux de terrain. Les yings et yangs confondus, les plateformes tournantes, les double-visages. Pour eux, l’été brille, mais, attention, il fait tellement mal aux yeux lorsque les lumières s’éteignent. Le milieu modère, suppose, s’en va, revient, régule, canalise, aime la gauche, respecte la droite, se sécurise, s’émancipe, se base, se place, place, aime puis déteste, mais garde toujours quelques brindilles d’un peu et de beaucoup dans son cœur. D’aucuns les appellent les indécis. D’aucuns les traitent de sans-caractère. Être anti-extrémiste signifierait donc être faible ? Se positionner au milieu a cependant un défaut réel, celui qui porte la marque d’une carence grossière dans l’identité.

L’être humain du XXIème siècle arbore la vie comme une bande-dessinée, où tout est caricaturé. Ainsi, il y a les vacances balnéaires, symbolisant la décontraction post-professionnelle. Il y les séjours linguistiques pour les étudiants prétextant l’apprentissage de la langue pour s’émanciper, et les voyages « sac à dos » faisant saillir le trait honorable de l’aventure. Le milieu, lui, prendra de la distance avec sa profession en apprenant une langue, tout en planifiant quelques excursions. Le milieu n’a aucune chance de s’imposer. C’est le point du milieu. Point.
 
Attaquant. L’attaquant, c’est l’oiseau rare du football. Celui qui plume les défenseurs, survole les adversaires, crochète les gardiens, s’infiltre sur les ailes pour mieux s’abattre dans l’axe. Et saisir sa proie. Être un bon défenseur ne fait pas sens. Être un bon milieu ne fait pas sens. Enfin si. Mais être quoique ce soit d’autre ne fait pas sens quand on peut être un bon attaquant. Le prototype estival est de ceux qui transpirent, qui résistent aux lourdes chaleurs sans jamais s’édulcorer. Celui qui remue, qui va, qui vient. Celui qui s’insinue dans le champ adverse, s’impose dans les pieds du relanceur, anticipe les mouvements du gardien.

L’attaquant est le parfait prédateur, symbole suprême de la crainte de l’homme par l’homme.  Il va de l’avant, même si le sol se dérobe sous ses pieds. Parce qu’il tente, part, revient, et cherche toujours à évoluer, l’attaquant, c’est l’attitude de l’été. Être un attaquant, c’est être à l’ombre autant sous les longues feuilles d’un palmier que sur une plage sans parasol, le soleil donnant.

Ce n’est pas des gouttes, mais bien des torrents de sueur qui s’acharnent sur les esprits vidés de fatigue.

Il y a l’été des uns, et puis l’été des autres. La flore n’a plus son mot à dire quand elle rencontre l’océan. Tel le passage d’une gomme, elle s’efface, laissant quelques rappels futiles et sans intérêts. Dépassée par la grandeur, dépassée par la hauteur, dépassée, et de loin. Son dérivé, le sable, irritant et doux à souhait, sert de lit aux touristes en quête de « dé-sensation ». Le vent ne se remarque même pas. Le silence, lui, n’est jamais brisé, il est juste embellit par de minuscules fracas, ceux des vagues.
 
Il y a l’été des uns, et  puis l’été des autres. Plus vite, toujours plus vite. Plus le temps de respirer, plus le temps de rien. La fréquence des coups de sifflet a augmenté, à tel point qu’elle devient presque angoissante. Les cœurs accélèrent comme les machinistes d’un bateau qui visent un changement de cap catastrophe ; le naufrage n’est pas loin. Non, pas loin du tout, puisqu’il se ressent jusque sur les visages des joueurs. Ce n’est pas des gouttes, mais bien des torrents de sueur qui s’acharnent sur les esprits vidés de fatigue. Les têtes tournoient, les subconscient eux-mêmes se soumettent, et les coups de sifflets s’accentuent, jusqu’à en faire crever certains qui s’effondrent sur le plancher sec et verdâtre. Les cris plaintifs de l’entraîneur ne changeront rien, les machines ont tout donné.


Robin Fasel

     

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