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Les vestiaires fribourgeois
Mardi 29 Octobre 2013

Joyeux anniversaire, Branislav Sekulic !


Branislav Sekulic, né le 29 octobre 1906, n'est rien d'autre qu'une légende du football yougoslave... et fribourgeois. Si chaque année des milliers de jeunes footeux se disputent le cuir sous des bannières à son effigie, celles du "Mémorial Sekulic" (le gigantesque tournoi junior de la région) cela n'a rien d'un hasard. Immense joueur, entraîneur d'attention, pédagogue invétéré et faciès taillé par le charisme, le football fribourgeois souhaite un joyeux anniversaire à Branco, probablement la figure la plus illustre qu'il ait jamais connue.


Joyeux anniversaire, Branislav Sekulic !
Il y a les feuilles d'automne qui sont balayées par le vent, et il y a les traces qui ne s'effacent jamais. Branislav Sekulic a beau être un homme de renom en Serbie (anciennement Yougoslavie), son pays d'origine, jamais il n'a autant fasciné que dans la ville suisse de Fribourg. Aujourd'hui encore, son nom se murmure dans la région avec un respect presque mythologique. Sekulic, une sorte d'ode au ballon fribourgeois de jadis, celui qui faisait vibrer les filets adverses, puis rebondissait dans les tribunes pour toucher les coeurs d'un public fougueux qui depuis a disparu.

Arrivé en 1957 dans le Canton, Branco sortait alors d'un parcours aussi étoffé que multiculturel. Comme footballeur, son CV était tout bonnement effrayant; l'homme a traversé une bonne partie de l'Europe, connu l'Afrique du football et même l'Amérique du Sud, où il a participé aux championnats du monde de Montevideo en 1930. Son équipe, la Yougoslavie, a d'ailleurs terminé troisième du tournoi, Branco ayant même inscrit son nom au palmarès des buteurs. 

Photo d'équipe de Montpellier, alors le club de Sekulic, après sa victoire en Coupe de France (1929).
Photo d'équipe de Montpellier, alors le club de Sekulic, après sa victoire en Coupe de France (1929).
Sur le site de l'OFK Belgrade, club rival de l'Etoile Rouge dans lequel il a débuté, on peut lire une description qui en dit long sur les prérogatives de l'attaquant : "Ce joueur était doté d'une puissance physique remarquable. Infatigable athlète à l'esprit offensif, il était capable de sprints longs et explosifs, et avait une qualité de centre fantastique, ainsi qu'une frappe très lourde. Son geste préféré était la volée, qu'il réalisait étonnamment avec douceur et élégance, mais surtout beaucoup d'efficacité."

Sans surprise, le talent de Branco a rapidement timbré son billet d'avion. Le Yougoslave a d'abord découvert la France, où il a notamment joué pour Montpellier, avant de poser son impressionnant bagage en Suisse, à Zurich. Avec GC, le bonhomme converse si naturellement avec le football que les dirigeants du club vont jusqu'à le nommer entraîneur du club à 27 ans seulement. 

« Le football, c'est d'abord bien se comporter. Ensuite, bien jouer. Enfin seulement, vaincre. » Sekulic

Après l'épisode du banc zurichois, Branco est retourné dans son pays d'origine pour y partager ses expériences. Il a d'ailleurs repris pour quelques années les rennes de son club de coeur, l'Etoile Rouge. Selon l'OFK Belgrade, son mode de vie sain et discipliné à l'extrême lui ont permis de jouer des matches de première division yougoslave à encore 40 ans. La double casquette, pas de problème pour Sekulic. Et puis, les montagnes suisses ont commencé à lui manquer...

En 1957, l'année où Fribourg a fêté les 800 ans de sa fondation, son club, le FCF, jouait alors nouvellement en LNB (deuxième division), suite à sa relégation l'année précédente. Pour cette nouvelle saison, l'équipe à la tenue blanche et noire ne brillait pas davantage, prise dans les tourments d'une météo ravageuse, et assujettie à une baisse des rentrées de caisse considérable provoquée par des événements internationaux comme la guerre menée par Israël dans le Sinaï, menaçant l'approvisionnement pétrolier et jetant un froid populaire et politique sur l'utilisation de l'automobile. 

L'équipe nationale yougoslave lors des championnats du monde de 1930, à Montevideo. Sekulic : derrière, quatrième depuis la droite.
L'équipe nationale yougoslave lors des championnats du monde de 1930, à Montevideo. Sekulic : derrière, quatrième depuis la droite.
A la fin de l'année, à cause de résultats et d'une ambiance moribondes, le FC Fribourg s'est séparé d'un commun accord de son mythique entraîneur Louis Maurer. Quelques jours plus tard, voilà que Branco investissait les bureaux du club avec une ambition toute neuve; effectuer un travail de fond touchant tous les niveaux du club afin de donner au FC Fribourg l'alchimie d'un club formateur de qualité. Dès le départ, Sekulic a annoncé son envie de renoncer aux joueurs n'étant pas domiciliés à Fribourg, privilégiant la cohésion d'une équipe de proximité. Sa théorie ? "Le football, c'est d'abord bien se comporter. Ensuite, bien jouer. Enfin seulement, vaincre."

Très vite, les administrateurs fribourgeois se sont rendus compte que Branislav n'avait rien d'un entraîneur de l'Est au froid stratégique et à la méchanceté intimidante. Psychologue, il s'est occupé des facettes sportives des joueurs, mais aussi et surtout de leurs dispositions morales. Branco était un précurseur du football social qu'il a appliqué auprès de chaque jeune pratiquant du FCF, consultant les juniors au moins aussi souvent que les piliers de la première équipe. Communication toujours, les joueurs ont relayé dans la presse ses "r" singulièrement roulés et ses sorties poignantes : "Allez petit, ça irrra, ça irrra...".

« Ce n'est pas avec du confort, de la sécurité et des assurances que l'on forme une jeunesse entreprenante, forte et courageuse. »

Pour décomplexer ses jeunes joueurs, Branislav les a emmenés dans une tournée de 9 jours en France, où ils ont pu se mesurer à Alès ou encore Toulouse, clubs de première division. Au final, les Fribourgeois ont tenu les Toulousains, tous professionnels et détenteurs de la Coupe de France 1957, en échec (2-2). Pourtant, en 1959, les jeunes loups fribourgeois figuraient à la 13 ème place du classement national, en position relégable. La descente a finalement été évitée, mais les doutes persistaient.

Marc Waeber, pour l'Express, illustrait métaphoriquement la confusion qui entourait la politique du club fribourgeois : "Au port, nombreux étaient les badauds. Les uns ricanaient : "Ce n'est point ici le port de la ligue nationale A"; d'autres insinuaient :"Alors vous allez maintenant engager un équipage chevronné?" Les armateurs - lisez les dirigeants du club - encore un peu pâles, disaient simplement en regardant le capitaine (ndlr : Sekulic) : "Alors ?".

Branco Sekulic avec le chapeau, devançant esthétiquement tous les parrains de la mafia napolitaines.
Branco Sekulic avec le chapeau, devançant esthétiquement tous les parrains de la mafia napolitaines.
Alors ne tient pas le gouvernail qui veut. Sekulic n'est pas seulement un homme d'action, mais aussi de parole : "Ce n'est pas avec du confort, de la sécurité et des assurances que l'on forme une jeunesse entreprenante, forte et courageuse. Voyez tous ces jeunes qui s'approchent : c'est la relève et je les prends à bord. Nous continuerons notre merveilleux voyage."  Malgré un jeu dur qui a un brin terni leur réputation, Sekulic et ses moussaillons ont brillamment réussi leur pari : en 1960, ils sont champions de LNB.

A Fribourg, la fête a été belle. Et puis, pas question de toucher à l'équipage. L'idée d'un renforcement massif a été balayée d'un revers de main. Pour cette première saison en haut de l'échelon, le temps s'est malheureusement vite assombri pour Branco et sa philosophie, la solidité de cette dernière volant aux éclats face aux routiniers de la LNA. Le Yougoslave a été viré à la mi-saison et les Pingouins ont patiné pendant tout l'exercice, l'achevant en tant que beaux derniers. Froide, la banquise. La joie de l'élite a été de courte durée.

Malgré ce petit échec, Sekulic est resté dans les moeurs comme un homme droit, humain, à l'odorat sportif pointu. Pour la Semaine sportive, il était "le seul technicien du football à Fribourg. Les bases de ce sport furent cimentées à tel point qu'il est aujourd'hui impossible à quiconque de surpasser les théories de l'entraîneur. Ces dernières partent d'un syllabaire qui permet à n'importe quel élément, doué ou non, de parvenir à une expression adulte."

Jean Steinauer, fervent admirateur de l'homme, écrivait lui sur sa "bonté discrète, juste, celle qui ne va pas sans le tact, celle qui fait trouver le mot ou le silence exact, qui fait se nouer l'amitié". Décédé en 1968, celui qui avait trouvé à Fribourg "mieux qu'un port d'attache, mieux qu'une retraite, mais une seconde patrie" doit probablement encore balader son imperméable beige et son chapeau brun dans l'esprit des éternels supporters du club de Saint-Léonard. Bon anniverrrrrsaire, Branco.

Source : Mémorial Sekulic, livre du 75ème anniversaire du FC Fribourg

Robin Fasel

     

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