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Sociofoot
Jeudi 9 Octobre 2014

Le cinquième Beatles


George Best n’a jamais participé, ni gagné une Coupe du Monde. Pourtant, le gamin de Belfast a été la première « rockstar » du football dans les années 1960, au moment même où le son des Beatles faisait frémir les transistors.


www.thetimes.co.uk
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Gueule d’ange, yeux clairs, fossette au menton et longs cheveux bruns « à la Beatles », George Best a multiplié les conquêtes féminines et les tournées aux pubs toute sa vie. Maillot trop grand sorti du short et chaussettes baissées, il a électrisé tous les stades du Royaume de Sa Majesté par sa vitesse, son explosivité et ses dribbles déconcertants.

Symbole de cette Angleterre des années 60 en pleine révolution culturelle, George Best a connu une ascension extraordinaire et une chute fulgurante. Plus qu’un livre sur le football, Vincent Duluc suit ici le « sillon dézingué » de la vie de cet homme hors norme et nous propose un retour sur ces histoires qui ont fait la légende du cinquième Beatles.

L'ascension folle du gamin de Belfast.

Le point de départ du livre est un voyage. Un voyage à Londres comme des centaines de collégiens ont pu les faire. En 1974, la future plume de L’Équipe a 11 ans, et découvre cette Angleterre faites de fish and chips, de vinyls, de jupes plissées, de musique rock et de football. Avec le style qu’on lui connaît, Vincent Duluc nous retrace sa rencontre avec George Best grâce à son «corres’ » et la célèbre émission « Match of the day ». Ce prologue à lui seul mérite le détour et provoque une irrémédiable envie de plonger dans ce livre et de traverser la Manche tant il est empreint de tendresse et de mélancolie. J'ai adoré ce prologue.

Le point de départ pour George Best, c’est Belfast l’ouvrière. Il y grandit dans les années 50 et vit au rythme des exploits de Wolverhampton, le club phare de l'époque en Angleterre, et de Glentoran, un club catholique d’Irlande du Nord.
A 15 ans, il est repéré par Bob Bishop, recruteur pour Manchester United, et embarque alors pour l'Angleterre, où il ne restera que 24 heures avant de repartir chez lui sans prévenir personne. Sa première pirouette. Finalement, le deuxième voyage à Manchester sera le bon. Durant sa formation, George nettoie les tribunes d’Old Trafford pour gagner son argent de poche. Bientôt, il nettoiera les lucarnes du Théâtre des Rêves de ses actions venues d’ailleurs.

Maigrichon, timide, encore adolescent, George apprend vite, et joue son premier match en pro à 17 ans en septembre 1963. Quelques mois avant, les Beatles jouaient leur premier concert professionnel à Manchester. Destin croisé. Rapidement, on dira qu’à cette période, « les Beatles fournissait la musique, tandis que George Best s’occupait de la chorégraphie ».
 
Joueur atypique, Best attire vite les foules. Les hommes viennent pour voir ce génie du ballon, les femmes pour admirer sa frimousse de Beatles nord-irlandais. Grâce à lui, le public anglais se féminise, à tel point qu’une tension « quasi électrique, presque sexuelle » règne en tribunes lorsqu’il joue. Comme l’écrit Duluc, le Royaume se divise alors en deux catégories : « les hommes, qui voulaient être George Best, et les femmes, qui voulaient George Best ». Entré en même temps que la télévision dans le salon des Anglais, il suscite rapidement une attraction jamais connue dans le sport britannique. Icône sportive à 20 ans, il signe ses premiers contrats publicitaires et commence à gaspiller son argent dans les nuits anglaises.

George Best vit l’apogée de sa carrière a seulement 22 ans. Alors qu’à Paris, les événements de Mai 68 font l’actualité, à Londres, Wembley accueille la finale de la Coupe d’Europe entre Manchester United et Benfica. Ce match, survenant dix ans après le crash de Munich (6 février 1958), reste ô combien symbolique dans l’histoire du club. Depuis ce drame, jouer pour Manchester, c’est accepter de « côtoyer des héros, des survivants, et des fantômes ». Nostalgique, poétique, et émouvant, il est difficile d’attribuer un seul qualificatif à la lecture de ce passage tant il est magnifiquement écrit par l'ami Duluc. Il nous relate le déroulement de cette nuit magique de mai (victoire de Man Utd 4/1) sous deux prismes, ceux de George Best le fêtard et de Bobby Charlton, le reservé, mais surtout rescapé de Munich, qui porterait à jamais le souvenir d’une génération perdue.

Héros de cette finale, George remporte donc la Coupe d’Europe au sein de la meilleure équipe du monde, et termine l'année en étant désigné Ballon d’Or. Comment faire mieux ?
www.mirror.co.uk
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"Le dernier debout".

Tout va très vite. Trop vite. Trop jeune au milieu d’une équipe au sommet en 68, Best se retrouve au début des 70’s propulsé au rang de sauveur de ManU, avec le poids de tout un club sur les épaules. En peu de temps, il passe de 2000£ à 10 000£ par semaine et dispose de trois secrétaires à temps plein chargées de répondre à son courrier. Il mène un grand train de vie, ouvre des boutiques de fringues, sort de plus en plus, et collectionne autant les voitures que les femmes, qu’il honore dans ses garçonnières de Londres ou Manchester.

Au sommet d’une gloire qu’il n’a pas préparé, Best commence à faire payer ses interviews, mais en donne toujours pour leur argent aux journaux anglais. Il déclare par exemple, qu'avec le foot, l’alcool et les femmes, il est toujours « le dernier debout ». Magique. En 1969, les journaux et la publicité lui rapportent 100 000£ par an. Il ne vit clairement pas la vie des autres footballeurs de son temps. Mais en a-t-il vraiment envie ?

Traqué aux moindres faits et gestes et incapable de s’attacher à une femme, George Best s’en sort toujours par une pirouette pour mettre fin à ses relations d’un soir. D’une Danoise qui lui colle un procès pour des fiançailles rompus, en passant par une Miss Monde, « même à un but par semaine », George reste loin de ses « stats sentimentales » comme le souligne l'auteur. Bien que poursuivi par les tabloïds, il entretient de bons rapports avec les journalistes, qui l’entourent souvent lors de ses séjours à Marbella, loin du brouillard mancunien. Et plutôt que de subir la presse, il organise lui-même ses interviews (il signe d’ailleurs un contrat d’exclusivité avec le Daily Express en 1972).

En 1972, Manchester United coule peu à peu et le génie de Best ne tient qu’à un fil. Il flambe toujours sur les pelouses, mais perd en vitesse et en explosivité, et deux jours avant ses 26 ans, il annonce sa retraite dans le Sunday Times contre 5000£. Parti à Marbella pour fêter cela, il y organise une conférence de presse durant laquelle il déballe son mal-être. Pour lui, le foot est devenu un « boulot » qui le « tue », lui le gamin de Belfast qui n’aimait que le jeu. Après un nouveau rétropédalage, Best décide de revenir au football. L’encadrement de Manchester tente de le gérer différemment, mais rien n’y fait. « Bestie » multiplie les absences à l’entraînement, les amendes, les embrouilles avec les arbitres, tombe en dépression et dépense toujours son argent en alcool et au jeu. L’ange de Belfast ne brillera jamais plus sous le maillot des Diables Rouges. Nous sommes au début de l’année 1974 et George referme son histoire avec United après 465 matchs joués.
www.dailymail.co.uk
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Un "Achille qui aurait seulement trempé les pieds dans le Styx".

20 février 1976. L’homme qui débarque sur le tarmac de l’aéroport de la Cité des Anges à 29 ans, et vient tenter l’aventure aux Los Angeles Aztecs. Il porte un t-shirt avec l’inscription « Who the hell is George ? ». Dans la foule, une femme, complice, porte également un t-shirt sur lequel il est écrit « George does it Best ». George est un roi de la comm’.

A son arrivée en Californie, George perd 10 kilos et retrouve un semblant de vie « normale ». Il sort moins, boit moins, et rencontre celle qui deviendra sa femme à Las Vegas, Angie McDonald. Sa saison sportive américaine est une réussite. Après un intermède d’une saison à Fulham, il revient aux Aztecs avant de partir jouer en Floride, la bouteille n'étant jamais très loin. il retombe dans ses excès, et sa femme fini par le quitter. George enchaîne les petits contrats surpayés et débarque en Écosse où il signe à Hibernians. Là-bas, il retrouve sa vie "d'avant". On lui prête une liaison avec Debbie Harry, la chanteuse de Blondie. Une impression de déjà-vu. La boucle est bouclée.  

En 1982, Best est déclaré en faillite personnelle et vend même son Ballon d’Or pour rembourser une partie de ses dettes. Il est condamné pour conduite en état d’ivresse, pour voies de fait sur un policier, et termine par la case prison durant l’hiver 84/85. Les années passent, mais les excès sont toujours là. En 2001, il est atteint d’une cirrhose et en 2002, il subit une greffe du foie. Est-ce le prix à payer pour le talent, la beauté, la fortune et la gloire ? A la fin du livre, Vincent Duluc voit d'ailleurs George Best comme un homme digne des plus grands héros grecs, comme un « Achille qui aurait seulement trempé les pieds dans le Styx ». Un héros avec sa force, son charisme et sa beauté, mais aussi ses faiblesses qui, au final, provoquent toujours sa chute.

Au crépuscule de sa vie, George reçoit au fond d’un pub de Chelsea, où il continue de boire, malgré sa greffe du foie, et de vendre ses belles histoires à la presse. Fin septembre 2005, il est admis au Cromwell Hospital, non loin de Stamford Bridge où il s’est révélé à la face du Royaume lors d’un Chelsea/ManU en 1963. Un dernier clin d’œil à l'Histoire. Il s’y éteindra le 25 novembre à 12h55.


Lire ce roman de Vincent Duluc est une véritable invitation à se plonger dans la vie de George Best, une invitation à regarder des dizaines de photos de cette « gueule  d’ange », à le voir sur des vidéos YouTube enchaîner les dribbles, les envolées et les buts, pour tenter d’approcher (un peu) ce qu’il a été et le plaisir qu’il a provoqué chez ses contemporains (et contemporaines...). George Best a été la première star du football dans un monde qui n’était pas encore conçu pour l’accueillir. Quant à lui, il n’était pas préparé à vivre cette vie sans vraiment personne pour l’entourer.

Ce livre n’est pas un livre sur le football, mais sur un homme qui a révolutionné ce sport et sa couverture par ses actions, sur et en dehors du terrain. Véritable phénomène, Best aura été l’égal des Beatles et des Stones durant ses plus belles années. Duluc nous transporte ici avec ses mots plein d’admiration, voir même d’amour pour cet enfant de Belfast, qu’il est difficile de ne pas aimer (même pour les non-initiés), tellement il est à la fois humain et extraordinaire. Au final, il est facile et logique de se demander quelle aurait-été la carrière de George Best s’il n’avait pas sombrer dans l’excès ? Ou plutôt, quelle aurait-été sa carrière si United avait su et pu l’entourer de joueurs capables de le faire gagner durant plusieurs années ? Car Best était un gagneur, qui même s’il aimait le jeu, voulait toujours marquer plus que les autres et gagner plus que les autres. Toutes ses questions resteront à jamais sans réponse, mais l’essentiel est qu’aujourd’hui, George Best est indétrônable au Panthéon du football. Et Vincent Duluc lui rend ici un magnifique hommage.


Vincent Duluc, Le cinquième Beatles, éditions Stock.
 
www.editions-stock.fr
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Guillaume Legueret

     

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