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Bien dans ses crampons
Mercredi 16 Janvier 2013

Le pouvoir de la mi-temps


Vous êtes amateur de football ? Alors vous vous souvenez assurément de ce 25 mai 2005, jour où se déroulait la finale de la Ligue des Champions opposant le Milan AC à Liverpool. A Istanbul, le Grand Milan a régalé d'entrée et menait 3-0 à la mi-temps. La soirée d'été prenait des airs de chaleureuse ballade sudiste, laissant les rugueux anglais rêver d'une pelouse arrosée de Premier League. Pourtant, quelques minutes plus tard, Gerrard, Smicer et Alonso se voyaient inscrire trois buts en 360 secondes. Finalement, dans une ambiance mémorable, les Anglais ont soulevé la Coupe aux Grandes Oreilles. Que s'est-il passé à la pause dans les vestiaires des joueurs liverpuldiens du stade Olympique d'Atatürk ? Quels mots Rafa Benitez a-t-il utilisés pour relancer ses troupes ? Mystère. Il n'en reste pas moins que le plus grand match de l'histoire de la C1 génère une morale : la mi-temps détient un pouvoir que FI a pris plaisir à décrypter.


Aussi étrange que cela puisse paraître, une mi-temps est détentrice d'un pouvoir inéducable. La finale de la Ligue des Champions 2005 reste un cas extraordinaire mais pas une exception en soi. Pour les bonnes mémoires, rappelez-vous la légendaire confrontation entre l'Olympique de Marseille et Montpellier le 22 août 1998. Au Vélodrome, les Montpelliérains réalisent une première mi-temps parfaite et écrasent littéralement la formation phocéenne (0-4). A l'heure de jeu, alors que les travées du stade se vident, l'OM sort de sa léthargie, inscrit 5 buts et gagne la rencontre dans les arrêts de jeu. Fracassant. Autre statistique étayant le potentiel décisionnel d'une mi-temps est bien le nombre de buts marqués entre la 45 et 55ème minute. C'est d'ailleurs la tranche la plus prolifique en buts de nombreux championnats européens. Pour cette édition de "Bien dans ses crampons", nous nous penchons donc sur ce soi-disant "temps-mort". Parce que savoir gérer cette coupure, c'est déjà dominer la partie.

La théorie du coach; le discours d'un roi ? (Source : nippon-ganbare.com)
La théorie du coach; le discours d'un roi ? (Source : nippon-ganbare.com)
L'approche traditionnelle de la mi-temps, vous la connaissez tous. Néanmoins, sa banalisation mérite un petit décryptage psychologique. Tout d'abord, il est important de comprendre que la toile de fond d'une mi-temps est une émotion. En effet, que vous soyez attaquant, défenseur, gardien de but ou entraîneur, l'action (tacle, dribble, frappe, but marqué-encaissé...) génère diverses émotions (colère, joie, surprise, douleur) amenant à un sentiment généralisé (satisfaction, déception) lors de la rentrée au vestiaire. En gros, vous avez le sentiment d'avoir bien fait ou, au contraire, d'avoir raté. Cette onde émotionnelle va donc représenter la toile de fond d'une mi-temps. Il est donc nécessaire de l'identifier afin de pouvoir ensuite la travailler.

Quand vous jouez, ce sentiment général (onde émotionnelle) détient une forme de malléabilité vu qu'elle dépend directement de l'action. On pourrait appeler ce phénomène "présence inconsciente". Au contraire, une fois assis sur les bancs des vestiaires, vous vous remémorez les quarante-cinq premières minutes. Physiquement, vous récupérez mais mentalement vous subissez cette onde émotionnelle qui est cette fois consciente.

Schématiquement, voici ce qui se passe lors d'un temps mort :

  • Action 1(première mi-temps)
  • Récupération physique
  • Intervention de l'entraîneur
  • Préparation à l'action suivante
  • Action 2 (deuxième mi-temps)
 
*Création et présence inconsciente de l'onde émotionnelle
*Présence consciente de l'onde émotionnelle

Ainsi, que la toile soit positive ou négative, l'athlète récupère d'abord physiquement (satisfaction des biens physiologiques - boire, manger...) et prépare son action grâce aux conseils et directives de son entraîneur. Toutefois, cette approche traditionnelle détient des faiblesses qui amènent de nombreux athlètes à délaisser le pouvoir d'un temps mort. Que ce soit le tennisman qui, entre deux sets, savoure son eau fraîche ou un entraîneur de handball qui demande un "time-out", tous les sportifs ont la capacité d'aborder ces ruptures d'action de manière à y trouver de l'énergie positive. Ainsi, l'approche traditionnelle, banale, commune, passive, se mue alors en une approche active, une approche juste.

Alors, que représente cette approche juste, exactement ? A FI, on a fait notre petite enquête. Pour expliquer le phénomène, nous avons déniché une analogie; celle du paysan. Imaginez un instant un agriculteur, qui, au printemps, s'apprête à semer. Que faire pour que les récoltes soient bonnes ? Labourer la terre. Ainsi, le champ débarrassé des racines indésirables, des mauvaises herbes et des nids de souris sera bien plus à même de faire pousser des légumes frais et verdoyants. Vous l'avez compris, dans la métaphore, le champ représente cette onde émotionnelle, ce sentiment général de satisfaction ou de déception entachant le mental du sportif par les émotions précédentes. Et oui, qui aurait-cru que les grands entraîneurs sont ceux qui savent labourer ?

Par rapport à la procédure traditionnelle, on va donc ajouter l'élément décisif, souvent inconnu des vestiaires; la récupération mentale/émotionnelle. Reprenons et modifions le schéma précédent :

  • Action 1(première mi-temps)
  • Récupération physique
  • Récupération psychologique
  • Intervention de l'entraîneur
  • Préparation à l'action suivante
  • Action 2 (deuxième mi-temps)
 
*Création et présence inconsciente de l'onde émotionnelle
*Présence consciente de l'onde émotionnelle
*Cassure de l'onde émotionnelle et retour de l'équilibre mental

En brisant l'onde émotionnelle, soit l'athlète se débarrasse du négatif (si l'enchaînement des actions étaient des pertes de balle, des erreurs défensives...) ou canalise le positif (on a souvent vu des équipes briller en première période puis pêcher par excès de confiance et se faire remonter durant le seconde). Une fois l'onde disparue, l'entraîneur peut distiller ses consignes en étant sûr qu'elles seront respectées et, surtout, efficaces. Maintenant que la structure "juste" d'une mi-temps apparaît, nous allons maintenant nous intéresser aux outils à disposition pour répondre à cette procédure.
La mi-temps, un moment de réflexion au milieu de la dépense sportive (Source :)
La mi-temps, un moment de réflexion au milieu de la dépense sportive (Source :)

La récupération physique. C'est la première étape de notre processus. Déjà considérée dans l'approche traditionnelle, chaque joueur (ou du moins chaque équipe) à sa manière de récupérer physiquement. En deux mots, la boisson (idéalement l'eau) et une concentration sur sa respiration (thoracique d'abord, abdominale ensuite, totale enfin) assurent une récupération rapide. De plus, la posture (assis), l'attitude (calme) et un discours doux contribuent également au phénomène de récupération. 

La récupération psychologique. Plus complexe et moins courante, la récupération psychologique est pourtant la clé d'une mi-temps efficace. Ce système peut avoir deux initiateurs : le joueur (soi-même) ou/et l'entraîneur. Pour un coach, la meilleure manière d'adopter une mi-temps est d'utiliser la stratégie du contre-pied. Qu'elle est-elle ? Cette stratégie est simple, pour activer la confiance (si la performance est négative) ou la canaliser (si la performance est positive), il est judicieux d'utiliser un ton négatif lors d'une performance positive (discours de remise en question, relativement agressif) et vice-versa (si l'équipe est dépassée, mieux vaut les rassurer, embellir leur prestation, les mener vers une confiance pour l'instant inexistante).

Et vous pensiez que "travailler une mi-temps", c'était futile ? (Source :)
Et vous pensiez que "travailler une mi-temps", c'était futile ? (Source :)
Le joueur peut lui user d'outils plus spécifiquesPar exemple, l'auto-correction consiste à visualiser les actions échouées afin de les corriger dans son imagination (pour ceux qui désirent approfondir, la technique de visualisation est décryptée dans tous les manuels de préparation mentale). Ce principe de préparation mentale est pratiquement utilisée par tous les joueurs de tennis après des coups manqués. Cette technique nécessite beaucoup d'entraînement. Néanmoins, elle détient son efficacité dans le sens qu'elle réconcilie l'athlète et le ré-équilibre positivement pour la suite de la partie. En combinant l'attention à l'autre (discours de l'entraîneur) et l'auto-correction, le joueur parvient à se recentrer et donc briser l'onde qui conditionne son état émotionnel.

La préparation à l'action suivante.  Pour un entraîneur ou un joueur, la préparation à l'action suivante (action 2) découle du déroulement de la première (action 1). Ainsi, une fois les joueurs rééquilibrés, ils peuvent maintenant appréhender la reprise de trois manières selon le rapport de force en cours. Les voici :
  • Rapport d'équilibre (match disputé) : réfléchir à surprendre l'adversaire, le faire douter
  • Je domine : s'appliquer, soigner les détails, rester vigilant
  • Je suis dominé : assurer, revenir à des choses simples et acquises, entamer la deuxième-temps libre de tout onde émotionnelle
Bien entendu, pour exploiter pleinement ces outils, un travail de longue haleine est nécessaire. Comme pour le physique, développer son mental demande du temps et du courage.

Bien sûr, tout cela est très théorique. Mais, comme à FI on aime philosopher, on se rend compte que ce "processus de la mi-temps" est applicable à tous les domaines de la vie : période de vacances entre deux années scolaires, période de pause entre deux saisons de football ou coupure d'une heure entre deux examens. La colonne vertébrale du temps mort demeure, donc, même si, selon les circonstances (temps, espace), elle prend plus au moins d'importance et de valeur ajouté. Parce que la vie, comme un match de football, rudoie ses protagonistes et les expose aux plus sordides mésaventures, il en va de la nécessité de pouvoir jouir d'un instant de répit. Alors, dompter les temps morts, c'est d'abord savoir améliorer ses performances. Et puis, les remontées au score ne sont-elles pas les plus beaux moments de l'histoire du football ?

Pour appronfondir : "Les temps morts" par Luis Fernandez, édition "Savoir-Gagner".

Robin Fasel

     

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