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Rencontre
Mercredi 12 Décembre 2012

Rencontre avec Ezequiel Scarione, le dernier magicien de Super League


Ezequiel Oscar Scarione est l’anti-héros par excellence. Faute de percer dans son propre pays sous les prestigieuses couleurs de Boca Juniors, il découvre l’Europe par hasard, en 2006. Avec Thoune, il rencontre tous les malheurs imaginables, avant de percer peu à peu en Suisse grâce à son talent. Aujourd’hui, il est le meneur de jeu du FC Saint-Gall, une équipe qui a surpris beaucoup d’observateurs durant tout le premier tour. Pour enfin connaître le succès qu’il mérite.


Rencontre avec Ezequiel Scarione, le dernier magicien de Super League
Ezequiel, tu es né dans le Gran Buenos Aires. Comment as-tu commencé le football ?
J’ai commencé dans mon quartier, en jouant des matchs le week-end à 5 contre 5 ou 6 contre 6 jusqu’à mes 12 ans environ. On rigolait avant tout, bien sûr. Ensuite j’ai fait un test avec Argentinos Juniors, qui était le club basé le plus proche de chez moi. A l’époque, je ne savais pas grand-chose des positions sur un grand terrain, c’était assez spécial (rires). J’ai dit que je voulais jouer devant, et j’ai marqué beaucoup de buts lors de matchs tests en tant que numéro 9. L’entraîneur m’a alors donné ma chance et j’ai donc intégré la formation d’Argentinos Juniors.

Comme jeune joueur d’une province qui abrite des mythes tels que Boca Juniors ou River Plate, rêvais-tu de porter un jour l’un de ces maillots ?
A vrai dire, à ce moment-là, je ne prenais pas le football sérieusement. Je ne voyais donc pas si loin et mon vrai objectif était d’atteindre la première équipe. Et puis j’étais surtout un grand supporter de San Lorenzo, comme mon père. Mais une fois que tu commences ta carrière en portant le maillot d’un club, tu perds un peu de ce fanatisme pour une équipe. Tu passes vraiment de supporter à joueur de football.

Boca Juniors t’approche néanmoins, une offre qui ne se refuse pas !
Après mes classes juniors, je n’ai pas réussi à percer en première équipe. J’ai été prêté à plusieurs réserves de clubs de première division argentine, en me disant que je n’avais plus aucun avenir dans le football. Puis j’ai été prêté à Boca Juniors, où l’on m’a très vite fait comprendre que l’on compterait sur moi. C’est là que j’ai signé mon premier contrat pro et véritablement découvert le monde du football, à 18 ans. C’est aussi à cette époque que je suis définitivement devenu un meneur de jeu.

Sur les cinq ans que tu vas y passer, tu n’évolueras qu’une saison avec la première équipe boquense. Ressens-tu de la frustration ou le perçois-tu plutôt comme une bonne expérience pour ton jeune âge ?
Cette époque était vraiment fantastique pour moi. Avec les immenses joueurs passés par Boca, le grand palmarès du club et les entraîneurs de qualité, je pouvais progresser rapidement et dans une atmosphère de football comme nulle part ailleurs. Je vivais à vingt ans le début de carrière idéal, même si c’était parfois difficile car à cet âge tu as surtout envie de sortir avec tes potes (rires).

Puis tu es parti en Equateur, au Deportivo Cuenca. Pourquoi ?
A la fin de ma dernière saison à Boca, de bons renforts ont signé pendant la pause. Du coup, il n’y avait plus de place pour nous les jeunes. Un ami qui me servait d’agent m’a donc proposé d’être prêté en Equateur, ce que j’ai accepté. Dans ma tête, je voulais absolument faire une bonne saison à l’étranger pour réintégrer directement l’effectif de Boca.

Ta bonne saison (23 matchs, 8 buts) n’a toutefois pas suffi pour fouler à nouveau le terrain de la Bombonera…
Je ne garde pas le meilleur souvenir de ce passage en Equateur. Je jouais plus en retrait sur le terrain, avec moins d’influence sur le jeu, ce qui ne me plaisait pas vraiment. Et puis Boca a ensuite confirmé que je ne rejouerais pas en équipe première, ce qui m’a mis un gros coup au moral puisque j’étais en fin de contrat.

Tu tentes alors ta chance en Pologne, au Lech Poznan. Un sacré dépaysement !
En fait, j’ai fait un test là-bas. Mais contrairement à mon départ pour l’Equateur, je n’ai cette fois pas vraiment eu mon mot à dire puisque ce sont les dirigeants de Boca Juniors qui m’ont proposé de signer au Lech Poznan, car ce club me suivait depuis quelques temps. Comme je n’avais pas d’autres offres, j’ai tenté ma chance. Il y avait un Colombien qui était en test en même temps que moi, mais lui était sous contrat dans son pays et ne risquait rien si ça ne fonctionnait pas. Moi, de mon côté, je n’étais plus un joueur de Boca et c’était ma seule opportunité.

Qui n’a toutefois pas abouti…
L’entraîneur Franciszek Smuda, futur sélectionneur national de la Pologne, comptait sur moi. Mais j’ai refusé le contrat que l’on m’a proposé sur 4 ans. Le salaire était inférieur à celui qu’on touche en Argentine, donc je ne voyais pas l’intérêt de signer. Ensuite, par le biais de différents contacts, j’ai fait des tests en Allemagne avant d’atterrir à Thoune. Depuis, je n’ai plus quitté la Suisse (rires).

Comment se passent alors ton acclimatation et tes débuts en Super League ?
C’était franchement difficile ! J’ai eu la chance d’avoir deux coéquipiers argentins qui m’ont aidé à m’intégrer, mais Thoune est une ville tellement petite et différente de Buenos Aires ! En plus, la Confédération suisse ne m’a pas attribué tout de suite de permis de travail, ce qui a encore rallongé ma période sans jouer. Je voulais de nouveau m’en aller, et puis l’envie de partir s’est estompée quand j’ai commencé à jouer régulièrement.

Après 11 petits matchs durant ta première saison, ta deuxième saison est nettement plus réjouissante (31 matchs, 6 buts). Comment as-tu vécu le fait d’être titulaire dans un club qui comptait enfin sur toi ?
Cette saison m’a surtout convaincu de croire en mes capacités. Ces moments étaient plus agréables à vivre pour moi, surtout après les malheurs et l’instabilité que j’avais connus auparavant.

À ce moment-là de ta carrière, pensais-tu que tu resterais encore plusieurs saisons en Suisse ?
Non, vraiment pas. Pour moi l’objectif avait toujours été de rentrer chez moi le plus vite possible (rires). Comme je suis Argentin, l’Espagne me tentait aussi particulièrement.

Dans ce sens, les différences linguistiques fondamentales entre l’espagnol et l’allemand ne jouent certainement pas en faveur de la Suisse…
C’est vrai qu’il y a quelques différences (rires). Au début, je ne voulais pas apprendre la langue comme je ne pensais pas rester bien longtemps en Suisse. Surtout que j’avais toujours des amis ou d’autres joueurs  pour parler espagnol ou portugais. Puis, je me suis rendu compte que je n’avais pas trop le choix. Aujourd’hui, je crois que je ne me débrouille pas trop mal en allemand, et c’est aussi pour ça que maintenant je me sens mieux en Suisse.

Enfin !
Oui, finalement je ne me sens pas si mal ici (rires) !

Après la relégation de Thoune, tu es resté en Super League puisque tu as été prêté six mois à Lucerne. Je crois qu’on ne ment pas si l’on dit que ce ne fut pas ta meilleure expérience…
Au début, j’étais vraiment content puisque j’avais l’opportunité de rester en première division. C’était aussi l’occasion de quitter Thoune et de découvrir autre chose dans un club avec plus de moyens qui avait d’ailleurs une option d’achat sur moi. Pourtant, je n’ai pas si bien joué. Je n’ai marqué qu’un but, et comme le FC Lucerne était dernier, nous devions tout le temps gagner pour sortir de la zone de relégation. Au final, nous avons réussi à le faire, mais moi j’ai dû retourner à Thoune.

Thoune qui n’a d’ailleurs pas réussi à remonter en ton absence. C’est le cas la saison suivante, où tu réalises tes meilleurs mois de compétition avec le club du Lachen, devenant même capitaine.
C’est vrai que c’était enfin une bonne saison disputée avec Thoune. Après tout ce qui s’était passé, le fait que je ne jouais pas, puis la relégation, le scandale du viol d’une jeune fille mineure et l’affaire de paris truqués, le calme était enfin revenu dans les esprits et nous avons fait un bel exercice 2009/2010, avec au final la promotion. Personnellement je me sentais beaucoup mieux à ce moment-là.

Après la promotion, tu sens que tu as fait ton temps à Thoune…
En fait, c’est surtout que j’étais en désaccord avec la politique du club. Le FC Thoune n’avait rien d’un club professionnel, les dirigeants ne pensaient qu’à économiser. Économiser, ils n’avaient que ce mot à la bouche ! De mon côté, comme mon contrat se terminait en juin, j’avais envie de découvrir autre chose. J’ai donc refusé l’offre de prolongation de contrat avant Noël, en leur disant qu’ils ne pouvaient m’offrir ce que je recherchais.

Tu vas pourtant quitter le club plus tôt que prévu, en janvier 2011. On a beaucoup parlé de tensions entre Murat Yakin et toi. Quelle est la vraie version ?
Je savais bien qu’en refusant la prolongation de contrat, je ne jouerais plus autant durant la deuxième moitié de la saison. Je suis parti en Argentine en décembre avec ma femme. Elle était enceinte et comme sa grossesse connaissait des difficultés, nous sommes restés un peu plus longtemps que prévu à Buenos Aires, ce qui n’a évidemment pas joué en ma faveur. Quand je suis revenu, j’ai reçu une amende et je me suis senti insulté. On m’avait longtemps fait passer pour indispensable à Thoune, et là je me suis senti abandonné, même si j’en ai beaucoup parlé avec Murat. Si je n’avais pas eu de femme et d’enfant à naître, je serais sans doute resté à Thoune jusqu’en juin.

Tu signes ensuite à Saint-Gall, où les ambitions sont clairement plus importantes à long terme. Vous finissez pourtant relégués à la fin de la saison…
Saint-Gall m’a proposé un contrat intéressant de trois ans. Mais le club n’était de loin pas au mieux en championnat, et nous avons été relégués de très peu en fin de saison. J’ai vécu des sentiments très différents à cette période, car il y a eu la naissance de ma fille d’un côté et nous sommes descendus en Challenge League de l’autre. Mais heureusement, nous sommes remontés très vite !

On a quand même l’impression que cette relégation a paradoxalement eu du bon, puisque l’équipe a acquis une habitude de gagner sans cesse. N’est-ce pas là la clé de la cuvée saint-galloise de cette année, comme une continuité de ce travail ?
Totalement. Beaucoup de bons joueurs sont restés après la relégation, ce qui nous a permis de ne pas être inquiétés dans la lutte pour la promotion. Et cette année, on sent que beaucoup d’automatismes de la saison dernière ont été gardés. Aujourd’hui, nos ambitions sont très élevées et les joueurs ont toujours visé plus haut que la première moitié de tableau. Tu as raison quand tu dis que nous voulons gagner à tout prix depuis deux ans. En cela, on n’a pas du tout l’impression d’être dans le costume du néo-promu.

Plus personnellement, te rends-tu compte de ton importance dans la réussite actuelle de ton équipe, en tant que meneur de jeu principal du FC Saint-Gall ?
Je ne me crois pas si important dans l’équipe. C’est vrai que je crois être très aimé par les supporters, le staff et l’entraîneur, mais j’avoue qu’il est important de savoir que l’on peut compter sur tous les joueurs. On est le club néo-promu, mais on a de quoi faire tourner l’effectif durant la saison, avec un bon rendement chez tout le monde. Je ne peux donc pas dire que je suis l’élément le plus important de l’équipe, ça non (rires).

Certainement grâce à tes origines argentines, tes capacités techniques sont au-dessus de la moyenne. D’un point de vue footballistique, comment vois-tu le football suisse et comment peux-tu imposer ton jeu au championnat ?
Franchement, ça a été dur pour moi de m’adapter à la Super League. Le jeu est proche de la mentalité allemande, plus physique, plus engagé, avec tout le monde qui court partout, à 100% tout le temps. Cela donne moins d’espace et d’importance aux créateurs. Mais maintenant que je m’y suis adapté, je ne sais pas si je pourrais jouer de nouveau en Argentine, car le style de jeu est tellement différent là-bas !

Tu as 27 ans et arrives donc peu à peu au maximum de tes capacités physiques et techniques. Comment vois-tu les années qui viennent ?
On peut toujours s’améliorer dans le football. Avec le temps, je pense surtout avoir gagné de la confiance en moi, ce qui est fondamental pour joueur au top. Je me dis que si je continue à bien jouer cette saison, je peux tout à fait imaginer être engagé par un bon club, à l’étranger notamment. Et puis pourquoi ne pas avoir une convocation en équipe d’Argentine, après être passé par la sélection espoir de mon pays ? Rien qu’une seule sélection, ce serait vraiment un rêve. Il faut y croire, tout est possible dans la vie.

On imagine qu’obtenir un titre serait la meilleure façon de quitter la Suisse…
Je serais vraiment aux anges, vraiment (sourire). Cette année avec Saint-Gall est géniale pour le moment, et les conditions sont réunies pour que l’on y arrive.

Quelle serait ta fin de carrière idéale ? Retourner en Argentine pour y jouer quelques années ou alors rester en Europe ?
Pour ma famille, je crois que l’idéal serait quand même de retourner chez nous en Argentine. J’aimerais beaucoup pouvoir rejouer quelques années en première division argentine, car je ne l’ai plus jamais fait depuis que j’ai quitté Boca Juniors. Ce serait vraiment super pour finir ma carrière.

As-tu peur de te dire qu’un jour tu devras arrêter le football ?
Non, enfin… Quand même, c’est vrai que ce sera bizarre, puisque c’est ce que j’ai fait toute ma vie. Tu es habitué à faire tous les jours la même chose, puis du jour au lendemain c’est fini, ça doit être très spécial en fait. Mais je ne peux pas dire que j’en ai peur.

La vie en Suisse allemande

Comment trouves-tu la vie à Saint-Gall et plus généralement en Suisse allemande ?
Saint-Gall est une grande et jolie ville. On y sent beaucoup de passion pour le football, ce qui est vraiment différent de ce que j’avais vécu à Thoune, où tout était trop tranquille et pourtant impersonnel. Ici à Saint-Gall, les gens te reconnaissent, t’arrêtent tous dans la rue, veulent prendre des photos avec toi. Et puis la région est vraiment très belle.

On dit que les Saint-Gallois sont parmi les meilleurs supporters de Suisse. Tu confirmes ? 
Effectivement. Et puis le nouveau stade aide beaucoup. Il est vraiment beau et comme il est pratiquement toujours plein, c’est assez compliqué pour nos adversaires de venir y jouer avec le bruit que font nos supporters.

Tu es passé par trois clubs en Suisse, tous suisses allemands. As-tu une dent contre la Romandie, pourtant plus proche de la mentalité latine de l’Argentine ?
(Rires) Je crois que c’est surtout que l’occasion ne s’est jamais présentée. Ça m’aurait plu, pourquoi pas ? D’ailleurs, j’ai plusieurs amis argentins qui vivent en Suisse romande, et ils s’y sentent très bien. Et puis j’aurais bien aimé apprendre le français !
Rencontre avec Ezequiel Scarione, le dernier magicien de Super League

Ses goûts et ses tops du championnat

Asado argentin ou fromage suisse ? Asado
Tango ou chansons suisses allemandes ? Tango
Mer ou montagne ? Mer
Andes ou Alpes ? Andes
Livres ou télévision ? Télévision
Eté ou hiver ? Hiver
Maradona ou Messi ? C’est difficile, allez 50-50.
Murat Yakin ou Jeff Saibene ? Les deux sont de bons entraîneurs. Murat m’a beaucoup appris, il a vraiment de bonnes qualités d’entraîneur et j’espère qu’il fera du bon travail avec Bâle, tant qu’ils restent derrière Saint-Gall (rires) !
Le meilleur gardien de Suisse : Entre Sommer, Lopar et Wölfli
Le défenseur qui t’a le plus donné de problèmes : David Abraham
Le meilleur attaquant de Suisse : Raul Bobadilla
Le joueur qui te ressemble le plus en Suisse : Il n’y en a pas beaucoup qui ont le même style que moi, car les équipes veulent surtout des joueurs rapides. Je dirais Moreno Costanzo. Goran Obradovic aussi. Quand il jouait à Sion, je le trouvais vraiment très bon.
Le meilleur joueur avec qui tu as joué en Suisse : Difficile, car aucun coéquipier ne m’a paru clairement au-dessus… il y en a beaucoup. Par exemple à Thoune, il y avait Silvan Aegerter, qui était très bon à son poste. A Lucerne, je dirais Lustenberger et Chiumiento.
Le pire stade de Challenge League : le Kleinfeld de Kriens
Le plus beau stade de Suisse : le Parc Saint-Jacques de Bâle

Stéphane Combe

     

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