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Bien dans ses crampons
Vendredi 17 Janvier 2014

Une brise tiède dans les vestiaires


"Le football, seul milieu où l'homosexualité reste un tabou", écrivent régulièrement les journaux gauchistes allemands, là où le saphisme et l'uranisme ont partout ailleurs battu en brèche l'intolérance, pour s'installer doucement dans la société. Alors que le "coming out" de Thomas Hitzlsperberg a été reçu héroïquement, un vent doux et légèrement chaud semble se diriger vers la figure homosexuelle glaceuse qui jonche la pelouse. Et si, enfin, elle se décongestionnait ?


Bravo, Thomas. (Photo : http://444.hu)
Bravo, Thomas. (Photo : http://444.hu)
Une homophobie ouverte. En 2014, à l'heure du mariage pour tous, de la normalisation sexuelle et sociale d'un statut longtemps discriminé, le football fait office de terrain de résistance alors même que les milieux les plus machistes de cette planète, comme celui du hip-hop américain ou du basketball ("coming out" du rappeur Franck Ocean, du basketteur Jason Collins), progressent. Niveau foot, "RAS" si ce ne sont les actions du Paris Foot Gay via sa charte "carton rouge contre l'homophobie", dont seuls cinq clubs de première division sont signataires, qui touchent donc plutôt l'amateurisme que le football professionnel. Ce dernier reste bien un monde de couilles, de "fortalis" éparpillé sur les muscles saillants d'un défenseur au regard écorché, de crachats, bref, de testostérone. Les clichés lui sont reconnaissants.

« Un joueur homosexuel ne doit pas être dans un groupe professionnel. Il existe certaines normes qui doivent être sauvegardées ! ». Jorge Fossati, sélectionneur de l'Uruguay entre 2004 et 2006, n'est pas le seul à avoir parlé de l'homosexualité comme une maladie dont les symptômes seraient à même de ronger un homme (un vrai), avant de s'attaquer au vestiaire entier. Footballeur professionnel puis manager, l'Allemand Rudi Assauer avait assené la "punchline" suivante : « Si un  joueur m’avait dit qu’il était gay, je lui aurais demandé de changer de travail. Peut-être dans les autres sports peuvent-ils l’être, mais ils n’ont pas leur place dans le football ». De telles déclarations, auxquelles nous pourrions ajouter les déboires de l'homophobie ordinaire, celle qui génère les nombreux "pédé", "bande de gays" et autres "femmelette" maintes fois entendus sur le terrain ou dans les cabines confortent la chose : l'homophobie s'exerce, footballistiquement, dans l'impunité totale.

Equipe de france féminine, une féminisation bienvenue ? (Photo : http://1.bp.blogspot.com)
Equipe de france féminine, une féminisation bienvenue ? (Photo : http://1.bp.blogspot.com)
Le football féminin et le lesbianisme. Le tabou homosexuel du football féminin fait avec une sociologie totalement différente. En effet, si le nombre d'homophobes dans le football masculin atteindrait les 41% (sondage réalisé par le même "Paris Foot Gay"), il n'est pas rare de voir des footballeuses afficher clairement leur homosexualité, sans que cela ne gène vraiment. En tête, Marinette Pichon, ancienne "star" des bleues, qui, grâce à la fécondation "in vitro", possède désormais sa propre famille.

Le fantasme des douches et le tabou brisé. La carrure souvent forte des joueuses, que la moyenne traite de "garçons manqués", dirige donc le public vers une représentation masculine de ces dernières. Mais ce regard ne serait pas que négatif, et tendrait plutôt vers l'onirisme et la fantasmagorie quand le vestiaire s'embue et les douches déversent leur chaleur, laissant place à la sexualité du rôle lesbien. Une érotisation nouvelle encouragée par le récent calendrier de l'équipe de France féminine, une collection de photos nues.

Fini donc, les déclarations pernicieuses du genre de celle de l'ancienne sélectionneuse nigériane Eucharia Ache, à l'aube de la dernière Coupe du monde féminine : « Depuis que je suis sélectionneuse, le problème est réglé. Il n'y a plus de joueuses lesbiennes dans mon équipe. Elles sont beaucoup plus concentrées comme ça et savent que le football peut leur apporter la renommée, le bonheur et l'amusement. L'homosexualité détruit tous ces espoirs. » En témoigne une joueuse d'un club parisien pour le blog "footentalons" : « Chez les jeunes, le vestiaire devient un terrain de jeu. Beaucoup de filles s’embrassent devant les autres et n’hésitent pas à draguer certaines hétérosexuelles. Au fil du temps, la nature « hétérosexuelle » de certaines tend plus vers l’homosexualité. Je ne sais pas si elles sont influencées spécialement par les filles ou par la mode mais elles se sentent épanouies et affirment leur sexualité au contact de leur équipe ». 
 
Le football féminin semble donc plus jouer sur le mélange des orientations sexuelles en générant un opinion véniel de la part du public. Cette tendance progressiste pourrait-elle peu à peu s'étendre vers son voisin masculin, ou ne serait-elle qu'une sexualisation pure et dure de la femme, renforçant ainsi le machisme ? 

Vers l'Europe. Si les USA ont depuis longtemps accepté l'homosexualité, l'Europe, plus conservatrice dans sa mentalité, avance néanmoins aussi.  En 2018, d'ailleurs, Paris organisera les "Gays Games", sorte de mélange entre les JO et la "Gay pride". Parmi les 35 sports au programme : le football. Une probable réponse à la politique d'ouverture du gouvernement actuel. Pour Philippe Lotiard, sociologue interviewé par "So Foot", l'événement reste un pis-aller : « La Fédération des Gay Games est sans doute la seule dont la finalité vise à sa propre disparition. Il s’agit aussi d’envisager une autre manière de jouer, dans laquelle la compétition n’est plus la valeur ultime. Celle-ci réside plutôt dans le « jouer ensemble », ce qui autorise des rencontres où tout le monde peut se confronter, malgré des orientations sexuelles, des niveaux de jeu, des sexes, des âges ou des degrés de validité différents. »

Caresser le problème. Le regroupement, la lutte collective, ne seraient donc qu'une partie de la solution. La dénonciation mise en scène de sportifs professionnels une autre. Toutefois, les visages des Ludovic Giuly, Nicolas Douchez ou autre Marc Planus dans la vidéo de sensibilisation du Paris Foot Gay semblent prosaïques, connotant un  "Je ne suis pas pédé, mais j'ai rien contre eux" un peu facile.

Fashanu, pas justin homosexuel. (Photo : http://bloggol.es)
Fashanu, pas justin homosexuel. (Photo : http://bloggol.es)
Le "coming out" comme la solution ? Elle est si rare dans le football qu'il serait difficile à jauger si, effectivement, l'annonce publique de son homosexualité contribuerait réellement à faire changer les mentalités. Le foot pro compte deux (!) véritables annonces, la première remontant à l'année 1990 et au "coming out" du footballeur anglais Justin Fashanu, avouant même une relation avec un politicien conservateur rencontré dans un "gay bar" de Londres. "Lui et moi on a terminé au lit, dans son appartement".

Malheureusement pour l'attaquant, la suite de sa carrière, jusqu'alors étincelante, a ressemblé à une pénible marche dont le moindre pas a aimanté la fustigation sociale. Transferts claudiquants, accusation d'agression sexuelle, reniement de sa propre famille, il est retrouvé mort dans un sauna pour homosexuel le 3 mai 1993, laissant derrière lui ces quelques mots : "Je suis d'or et déjà coupable. Je ne veux pas poser plus de problème à mes amis et à ma famille".


Scholes et Neville s'aiment-ils pour ce qu'ils sont, ou ce qu'ils font ?
Scholes et Neville s'aiment-ils pour ce qu'ils sont, ou ce qu'ils font ?
Le foot, un monde de gay ? Il est également possible de prendre le problème à l'envers. Et si le football avait des codes homosexuels qui expliqueraient justement sa propension à les nier à tord et à travers ? Le footballeur professionnel ne passe-t-il pas la plupart de son temps avec des hommes ? Ses coéquipiers ne le voient-ils pas plus souvent nu que sa propre femme ? Les chaussettes longues tirées jusqu'au genou, les coiffures gélatineuses, les embrassades (parfois buccales), ne féminiseraient-elles pas un peu le sport roi ?

Au final, le "coming out" de Thomas Hitzlsperberg, international allemand, et, plus important, sa réception, sont le signe d'un avancement mais pas d'une victoire pour autant. 23 ans après l'affaire Justin Fashanu, l'annonce laisse espérer un délai moindre pour les prochaines sorties de placard. Pour imager au mieux les liens délicats entre l'homosexualité et le football, reprenons Loulou Nicollin : "L'homophobie, c'est réservé aux petites tarlouzes".

Robin Fasel

     

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